Concours fonction publique

L’attractivité des concours de la fonction publique

Aujourd’hui nous allons à la rencontre de Farzad Khodabandehlou, responsable de la préparation aux concours administratifs au sein de l’École d’Affaires Publiques chez Sciences Po. Il nous parle de l’attractivité des concours de la fonction publique.

Les concours sont-ils attractifs ?

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L’École d’affaires publiques de Sciences Po en quelques mots ?

L’École d’affaires publiques est l’une des sept écoles de Sciences Po Paris. Elle donne accès à deux masters (politiques publiques et affaires européennes) et onze spécialités, en français et en anglais. A partir du Master 2, les étudiants de Sciences Po ont la possibilité de suivre un programme de préparation aux concours administratifs français ou européen. Depuis 2021, une classe Prépa Talents est également accessible en fin de Master 2. Chacun de ces trois programmes dure un an. Ils délivrent des savoirs fondamentaux, des méthodologies, des galops d’essai (écrits et oraux), un tutorat ainsi qu’un accompagnement au projet professionnel. Notre rôle est d’aider les étudiants à se repérer dans les différents concours pour atteindre leur objectif et se préparer au mieux aux épreuves. 

Les concours sont-ils toujours attractifs auprès des candidats ? 

La réforme des concours de l’INSP (ex-ENA) s’applique dès 2024 pour la voie générale et 2025 pour la voie Orient. Nous n’observons pour l’instant pas d’impact à la hausse ou à la baisse sur l’attractivité de nos prépas. Concernant les inscrits en Prépa Concours, 90% sont issus de Sciences Po qui bénéficient d’une inscription de droit. Concernant les étudiants externes, nous recevons chaque année environ 250 candidatures pour 50 places. Enfin, nous accueillons 30 étudiants au sein de notre Prépa Talents. Les trois premières années nous recevions environ 110-120 candidatures d’étudiants boursiers, cette année nous avons atteint notre record avec 172 candidatures. 

Pour l’instant, nous n’observons pas d’impact sur l’attractivité de nos prépas suite à la réforme du concours de l’INSP (ex-ENA). 

Parmi nos 350-400 élèves, la majorité prépare plusieurs concours en parallèle. Les ¾ envisagent de passer le concours de l’Institut National du Service Public (INSP, ex-ENA), 30% de l’Institut National des Etudes Territoriales (INET), 25% du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, 15% de la Banque de France et 10% de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Par ailleurs, l’Institut National du Service Public a communiqué récemment sur un nombre record de candidatures pour 2024 (article à lire ici). Pour autant, les retombées de la réforme peuvent arriver plus tard. 

Quel est le profil des inscrits aux prépas ?

Bien que nos prépas soient ouvertes à tous les profils, la majorité des étudiants internes de Sciences Po est issue de l’École d’affaires publiques. Nous avons aussi des étudiants de notre Ecole d’affaires internationales ou de l’Ecole de droit.  Concernant les places ouvertes aux étudiants externes, les candidats sont issus de filières diverses : IEP de région, ENS, universités en droit, économie, sciences politiques, écoles de commerce, écoles d’ingénieur. Enfin, cette année la moitié des étudiants de notre Prépa Talents est diplômée de l’IEP de Paris, l’autre moitié est issue d’autres établissements (IEP de région, université en droit ou économie, école de commerce, école d’ingénieur).  

Quelles sont les motivations des candidats ?

La motivation principale est de servir l’intérêt général. Le service public est considéré comme un bon endroit pour se confronter aux défis de notre époque tels que la transition écologique, la lutte contre les inégalités, les questions de sécurité extérieure ou les enjeux internationaux. A ce titre, les concours du Ministère des Affaires étrangères et de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE)attirent énormément même si ils sont très sélectifs.

Quels pourraient être les impacts de cette réforme ?

L’évolution des formats des épreuves et leur calendrier est susceptible de modifier la préparation des candidats aux concours.

L’évolution actuelle des formats des épreuves et leur calendrier est susceptible de modifier la préparation des candidats. Prenons l’exemple de l’INET et l’INSP. Jusqu’à présent, certains candidats préparaient les concours de l’INSP et de l’INET en parallèle. Ils passaient d’abord les écrits de l’INET en juin puis l’INSP en août. Le format des épreuves était assez proche, la préparation pouvait donc être mutualisée. Désormais, les épreuves de l’INSP ont désormais un format davantage opérationnel. De plus, à partir de 2025, les épreuves écrites de l’INSP auront lieu fin mars, donc plus tôt dans l’année. Les différences entre les épreuves et le changement de calendrier peuvent modifier la stratégie et les priorités dans la préparation. 

Quels sont les enjeux actuels de l’attractivité des concours ? 

Aujourd’hui, le concours A+ qu’une personne réussit (INSP, INET, EHESP, Parlement) pour entrer dans la haute fonction publique est peut-être moins décisif qu’avant pour déterminer la suite de la carrière en raison du décloisonnement de celles-ci. Le développement de la voie contractuelle et des possibilités de mobilité, c’est-à-dire de changer de poste dans la fonction publique, voire de passer d’une fonction publique à une autre, offrent des perspectives de carrière variées et intéressantes. De plus, l’ouverture de certains postes des grands corps de l’Etat à des corps de fonctionnaires plus variés ayant deux années d’ancienneté (réforme de la haute fonction publique de 2021) ouvre de nouvelles perspectives d’emploi aux candidats ne venant pas de l’INSP. Je me demande si ce décloisonnement n’aura pas un effet d’attractivité accrue pour la fonction publique. Nous parlons souvent de l’Etat employeur, mais il faut aussi regarder ce que  l’État propose comme recruteur. 

La porte d’entrée dans  la fonction publique est peut-être moins déterminante qu’avant en raison du décloisonnement des carrières.

Par ailleurs, ces évolutions posent la question du temps et de l’énergie nécessaires à la préparation des concours. Il s’agit d’un investissement important pour un résultat incertain alors que d’autres possibilités s’offrent aux candidats. Comment faire en sorte que les étudiants continuent à s’inscrire aux concours alors que d’autres voies se développent ?

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