
Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de Yohan, étudiant à Sciences Po Aix et sous-officier de la réserve opérationnelle de la Gendarmerie nationale. Il a rejoint le programme Ambassadeurs Profil Public pour contribuer à l’attractivité du service public. Dans cet entretien, il nous parle de son parcours et des causes qui lui tiennent à cœur.
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J’ai grandi à Singapour pendant une dizaine d’années avant de revenir en France pour poursuivre mes études supérieures. C’est au lycée français de Singapour que j’ai découvert mon intérêt pour l’action publique. Aujourd’hui, je prépare les concours de la haute fonction publique au sein du Master “Carrières publiques” de Sciences Po Aix. Avant cela, j’ai suivi une double licence en droit public et en littérature anglaise. Ce parcours m’a permis de consolider mes connaissances juridiques tout en cultivant un lien fort avec la langue et la culture anglophones dans lesquelles j’ai grandi.
J’ai eu l’opportunité de réaliser plusieurs stages, notamment au Sénat et à la sous-préfecture d’Aix-en-Provence, où j’ai été chargé de mission sur des questions de management et de réorganisation, en particulier dans le cadre du traitement des expulsions locatives. Parallèlement, je suis sous-officier réserviste au sein de la Gendarmerie nationale et j’ai récemment été engagé comme responsable à la Croix-Rouge française. Ces expériences m’ancrent concrètement dans la réalité du terrain.
Cette année de préparation à Sciences Po Aix m’a permis de gagner en autonomie et de confirmer mon projet professionnel : intégrer la fonction publique pour contribuer, à mon échelle, au service de l’intérêt général.
L’an dernier, j’ai intégré l’association “La Cordée” et son programme « Ambition Service Public ». C’est dans ce cadre que j’ai découvert Profil Public, une initiative qui a immédiatement trouvé un écho en moi. Très tôt, j’ai eu la chance de rencontrer des agents publics passionnés, profondément engagés dans leurs missions. Ces rencontres ont été décisives. Elles m’ont fait comprendre que le service public ne se résume pas à une vision administrative ou bureaucratique. C’est avant tout un engagement porté par des valeurs fortes comme l’intérêt général, la probité et le sens du collectif. À mon niveau, je souhaite contribuer à faire changer le regard porté sur l’administration, en particulier celui des jeunes. Trop souvent perçue de manière caricaturale, la fonction publique mérite d’être revalorisée pour ce qu’elle est réellement : un pilier essentiel de notre société.
Parmi les causes qui me tiennent le plus à cœur : la transparence et l’efficience de la vie publique.
La transparence, d’abord, parce qu’elle est devenue un pilier incontournable de l’action publique. Mais elle ne peut pas se résumer à une simple mise à disposition des données. Elle doit être intelligible, contextualisée, expliquée. Une transparence purement formelle, sans clé de lecture, reste inaccessible pour beaucoup. Ce qui m’importe, c’est une transparence véritablement explicative, au service de la compréhension citoyenne.
L’autre enjeu fondamental, c’est l’efficience. Mieux faire avec les moyens existants, c’est possible, et surtout indispensable. L’efficience n’est pas un mot technocratique : c’est un levier concret pour offrir à chacun un service public plus juste, plus rapide, plus efficace. C’est dans cette direction que je souhaite m’engager.
« La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes », écrivait Antoine de Saint-Exupéry. Cette phrase illustre à mes yeux l’ambition profonde de l’action publique. Elle résume ce qui fait, selon moi, la singularité de la fonction publique : une vocation tournée vers le bien commun, et non vers la recherche de profit. Contrairement au secteur privé, elle porte une finalité collective, qui dépasse les intérêts individuels et s’ancre dans une logique de solidarité, de service et de lien social.
J’ai choisi de mettre en avant la série de podcasts « Sofia », réalisée par les élèves de l’Institut National du Service Public (INSP). Ce format donne la parole aussi bien à des élèves en formation qu’à des administrateurs en poste, offrant ainsi une vision à la fois incarnée et concrète de la haute fonction publique. Ces témoignages m’ont permis de mieux appréhender la réalité des carrières publiques, au-delà des idées reçues. Ils ont surtout renforcé ma motivation à m’engager dans ce secteur au service de l’intérêt général.
Plus qu’un rêve, il s’agit aujourd’hui d’un projet concret : intégrer la fonction publique de l’État, idéalement par la voie du concours de l’INSP. Le domaine qui m’attire particulièrement est celui des services déconcentrés du ministère de l’Intérieur.
Ce qui me passionne, c’est le rôle singulier des préfets, à la croisée de l’ordre public et de l’intérêt général. Ils incarnent une action publique ancrée dans les territoires, tout en portant les priorités nationales. J’ai toujours trouvé fascinant cet équilibre entre les exigences locales et les orientations de l’État, et la manière dont les administrations déconcentrées parviennent à les articuler au quotidien.
Cette année, je présente le concours de l’INSP, avec en perspective, en 2026, celui d’administrateur de l’Assemblée nationale lorsque les dates seront publiées. Même si ces concours correspondent à des niveaux d’action différents, celui de l’Assemblée m’attire particulièrement. Les fonctions d’administrateur parlementaire restent méconnues du grand public, alors qu’elles sont essentielles au bon fonctionnement de notre démocratie. Être au service du législateur, faire le lien entre la volonté issue du suffrage et la mise en œuvre technique des lois, sans pour autant entrer dans le champ politique, me semble à la fois exigeant et passionnant. Par ailleurs, en lien avec mon engagement à la Croix-Rouge, je garde également à l’esprit la possibilité de présenter le concours de directeur d’hôpital. Là encore, il s’agit d’un métier de responsabilité, tourné vers le service public et la gestion du bien commun.