Les métiers de la diplomatie

Les métiers de la diplomatie

Aujourd’hui nous allons à la rencontre de Didier Le Bret, ambassadeur et préfigurateur de l’Académie diplomatique française. Il nous parle du métier de diplomate.

LES PARCOURS DIPLOMATIQUES

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Quelles sont vos missions actuelles ? 

En tant que préfigurateur de l’académie diplomatique française, j’ai été chargé de réaliser un rapport en vue de la création de cette académie. L’objectif est de créer une structure qui intègre à la fois les missions de formations du Quai d’Orsay (le Ministère des affaires étrangères), de recherche, d’accueil de diplomates étrangers et d’animation de réseaux que le ministère et ses opérateurs ont pu constituer au fil des années. 

Quelles sont les missions d’un diplomate ?

Le diplomate veille à la préservation des intérêts nationaux à l’étranger et participe à la bonne entente entre les pays. La diplomatie recouvre une grande pluralité de métiers. Un jeune Premier secrétaire d’ambassade, par exemple, veillera à la qualité du dialogue bilatéral. Un conseiller de coopération et d’action culturelle animera l’ensemble des équipes qui contribuent à la fois au développement du pays de résidence et au rayonnement culturel de la France. Un consul sera l’interlocuteur privilégié de la communauté française là où il se trouve. Et un ambassadeur sera le visage de notre pays, sa voix, et à travers ses ses déplacements, il fera vivre la relation bilatérale dans toutes ses composantes (politique, économique, culturelle…). 

Le diplomate veille à la préservation des intérêts nationaux à l’étranger et participe à la bonne entente entre les pays.

Quel que soit son poste, le diplomate est confronté à 3 ou 4 types de missions : représenter dignement et efficacement son pays ; le comprendre et le décrypter ; négocier dans tous les domaines d’intérêts des deux pays concernés (ou dans le cadre d’instances multilatérales) ; protéger nos compatriotes, nos biens et organiser efficacement la réponse aux crises lorsqu’elles surviennent. Enfin, le Ministère a également besoin d’agents qui permettent d’exercer ces missions dans les meilleures conditions (logistique, gestion administrative et comptable, numérique). Au total, à travers  toute la diversité des métiers et des catégories d’agents (fonctionnaires, contractuels, agents locaux…), ce sont 16 000 personnes qui au quotidien travaillent partout dans le monde au service de notre pays et de son  rayonnement.

Et les agences de coopération internationale ? 

Nous travaillons en lien direct avec une douzaine d’agences de coopération internationale. Il s’agit d’opérateurs de l’Etat chargés de la mise en œuvre de certains pans de notre politique étrangère. Business France, par exemple, est le relais opérationnel de notre politique d’accompagnement des entreprises françaises à l’export, mais aussi d’attractivité en France des investissements étrangers. L’Agence Française de Développement opère pour le compte de l’Etat des missions d’aide au développement sur un spectre très large, qui va des infrastructures en passant par l’éducation, la santé ou l’emploi des jeunes.  L’agence Campus France, quant à elle, promeut les formations françaises à l’étranger, ce qui permet à notre pays d’accueillir chaque année plus de 400 000 étudiants étrangers.

Comment devenir diplomate ? 

Les diplomates de carrière sont recrutés exclusivement par la voie des concours. Il en existe plusieurs. L’INSP, ex-ENA, recrute nos futurs diplomates via une voie spécifique dite d’Orient. Ils sont comme leurs collègues de la filière générale administrateurs de l’Etat, mais ont vocation à servir majoritairement à l’étranger pour le compte du ministère. 

Il existe plusieurs voies d’accès aux métiers de la diplomatie. La tendance est à la surdiplômation.

Le ministère des affaires étrangères de son côté propose deux voies d’accès, par concours également (avec une filière générale et une filière Orient). Ces épreuves nécessitent un très bon niveau de culture générale, avec la maîtrise de connaissances spécifiques (langues, civilisations, droit, relations internationales…). 

Le ministère recrute également directement hors voies de concours : il y a une bourse d’emplois, qui permet à des personnes extérieures au ministère de pouvoir postuler. Elles n’ont pas vocation à faire carrière au ministère, mais exercent leurs compétences sous contrat pour une période déterminée. Comme dans toute la fonction publique, le ministère recrute aussi des agents de catégorie B et C, qui ont la particularité d’être pour une grande majorité d’entre eux très diplômés, pour ne pas dire surdiplômés. Enfin, les agences de coopération ont leur propre mode de recrutement, et il est possible d’y faire de très belles carrières à l’international. 

Quelles sont les qualités d’un diplomate ?

Elles varient bien sûr selon les postes et les missions confiées. Pour les futurs diplomates, les attentes sont élevées. Outre les compétences et les savoirs requis, on attend d’eux d’être de bons managers, ce qui implique de savoir travailler en équipe. Comme dans toute fonction d’encadrement, l’exercice de l’autorité est important. D’autant plus que le métier de diplomate expose. Il faut de grandes qualités humaines, du discernement, et la capacité à s’adapter à des contextes extrêmement variables d’un pays à l’autre. Tout en étant disponible et à l’écoute du pays de résidence, il faut garder en tête la défense des intérêts français.

Tout en étant disponible et à l’écoute du pays de résidence, le diplomate doit garder en tête la défense des intérêts français.

Au cours de sa carrière, le diplomate devra maîtriser au moins deux ou trois grandes aires géographiques et avoir fait ses armes dans différents domaines (questions stratégiques, protection consulaire, gestion de crise ou encore l’aide publique au développement). Il sera aussi évalué sur sa capacité à animer des équipes pluri-disciplinaires émanant de différents ministères.

Quelles sont les missions d’un diplomate de retour en France ? 

Tout est fonction du niveau de l’agent et de son ancienneté. Un jeune diplomate qui aurait servi successivement dans deux pays africains pourrait se voir confier une mission d’encadrement à Paris au sein de la direction d’Afrique. D’autres choix peuvent être faits, qui permettent aux agents de se diversifier une fois de retour à Paris, qu’il s’agisse du choix des filières (Protocole, affaires européennes, développement, action culturelles, questions économiques, affaires stratégiques, consulaire, administratif, RH….) ou des géographies.

Se reconvertir dans la diplomatie est-il envisageable ?

Le recrutement par la voie des concours limite les possibilités. Mais rien n’interdit d’y faire un passage en tant que contractuel, de s’enrichir d’une expérience valorisante à l’international, quitte à revenir un peu plus tard, éventuellement dans d’autres fonctions et sur d’autres missions. Un négociateur doit pouvoir s’appuyer sur des experts en fonction des sujets et les intégrer pleinement aux différentes étapes de la négociation. Nous avons besoin de profils très diversifiés : des spécialistes de tel ou tel pays, bien sûr, mais aussi des juristes, des ingénieurs, des scientifiques, des médecins, voire des urgentistes, des  logisticiens, des programmateurs, des geeks !

Des conseils pour les futurs diplomates ?

Ne pas hésiter à s’embarquer dans ce qui ressemble davantage à une vocation qu’à un métier. On entre en diplomatie comme on entre dans les ordres ! C’est une vie au service des Français, des intérêts de notre pays et du dialogue entre nations. C’est un métier de passion et d’engagement, mais aussi de servitude. Mon conseil, dans ces conditions ? Trouver des points d’équilibre : entre vie privée et publique, entre empathie pour le pays d’accueil et la défense de nos intérêts. Enfin, entre les séjours à l’étranger et les retours à la Centrale. Il ne faut pas perdre de vue que représenter son pays suppose de le connaître et mettre à jour ses connaissances. 

Le défi du diplomate est de trouver le bon équilibre entre l’empathie pour le pays d’accueil et la défense des intérêts de l’Etat français.

J’ajouterais pour conclure que c’est un très beau métier, toujours en prise avec l’actualité, qui oblige à se réinventer incessamment, à toujours approfondir ses connaissances. Beau métier également, dans la mesure où très vite vous accédez à de vraies responsabilités avec beaucoup d’autonomie, une réelle capacité d’initiative et de proposition. Métier ouvert sur le monde enfin dans un moment où jamais l’extérieur n’aura autant peser sur les questions domestiques, qu’il s’agisse de sécurité, mais aussi de nos vies quotidiennes : on l’a pleinement mesuré au moment du COVID, à la fois à travers nos interdépendances, mais aussi dans la quête difficile d’un équilibre à trouver, là encore, entre un monde ouvert et l’obligation de recouvrer des marges de souveraineté et d’autonomie.

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Pour aller plus loin sur les métiers de la diplomatie de la fonction publique, découvrez notre article dédié aux parcours internationaux de la fonction publique d’Etat (à lire ici).