Bartolomé Gil Estrada est attaché d’administration de l’État et chef de la division des relations internationales au sein de l’Académie de police du Ministère de l’Intérieur. Spécialisé dans la coordination internationale et la conduite d’environnements complexes, il pilote des dispositifs de coopération internationale, en lien avec de multiples partenaires étatiques et multilatéraux.
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Les grandes lignes de votre parcours ?
Mon parcours professionnel s’est construit depuis plus de dix ans à la croisée du droit international, des relations internationales, du protocole et de la communication institutionnelle, dans les secteurs privé comme public. Après une première expérience professionnelle dans le secteur privé, j’ai découvert la fonction publique au sein du ministère de la Justice espagnol. Cette première immersion m’a permis de comprendre les exigences particulières de l’action publique et l’importance de la continuité et du sens du service.
J’ai ensuite rejoint l’Ambassade de Sri Lanka à Paris, où j’ai exercé les fonctions de chef du protocole et de chef du bureau de l’Ambassadeur. Cette expérience a été particulièrement structurante : elle m’a permis d’évoluer au cœur d’un environnement diplomatique multiculturel et de travailler sur un périmètre international particulièrement large. Depuis Paris, l’Ambassade avait en effet une compétence concurrente sur l’Espagne, le Portugal, l’Andorre, Monaco, ainsi que sur l’UNESCO et l’Organisation mondiale du tourisme.
Mon parcours m’a également conduit à étudier et à travailler dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, en Espagne, au Kazakhstan, aux Émirats arabes unis et en Chine. Ces expériences m’ont appris à évoluer dans des environnements culturels et professionnels très différents, et surtout à considérer la diversité comme une véritable richesse dans l’exercice professionnel.
En France, j’ai rejoint en 2019 le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, où j’ai travaillé au plus près de la communauté française expatriée à l’étranger. J’y ai notamment participé à la gestion de trois crises inédites par leur ampleur et leur nature : la pandémie de COVID-19, la crise en Afghanistan et le conflit russo-ukrainien. Cette expérience a constitué un véritable tournant dans mon parcours. Elle m’a donné le souhait de m’engager durablement au service de l’État et m’a conduit à préparer les concours de la fonction publique. J’ai ensuite intégré le ministère de l’Intérieur, avec une première expérience dans le domaine des ressources humaines à la Préfecture de Police de Paris, avant de rejoindre mon poste actuel de chef de la division des relations internationales de l’Académie de police.
Ce parcours, à la croisée des enjeux internationaux, interministériels et opérationnels, m’a permis de garder un même fil conducteur : mettre mon expertise au service de l’action publique et renforcer la coopération entre institutions et acteurs internationaux.
Votre métier et le cœur de vos missions actuelles ?
Je suis aujourd’hui chef de la division des relations internationales de l’Académie de police. Notre division constitue le point d’entrée de l’ensemble des forces de sécurité étrangères qui souhaitent travailler avec la France sur les questions de formation et de recrutement des personnels de police. Notre rôle est de développer et d’animer la coopération avec la communauté policière internationale, en favorisant le partage d’expériences, de pratiques et de savoir-faire. Concrètement, nos missions sont très diverses : accueil de délégations et d’experts étrangers en France, envoi d’experts français à l’étranger, organisation de formations en présentiel ou à distance, développement de partenariats institutionnels et participation à des projets de coopération internationale.
Cette dimension implique de travailler quotidiennement avec des interlocuteurs issus de cultures professionnelles et institutionnelles très différentes. Nous collaborons notamment avec des organisations et réseaux européens et internationaux tels que CEPOL, Interpol, ainsi que dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Ce que j’apprécie particulièrement dans ce métier, c’est cette combinaison entre expertise, coopération internationale et action très concrète : derrière chaque échange institutionnel, il y a l’objectif de renforcer les compétences, de partager les bonnes pratiques et, in fine, de contribuer à une sécurité plus efficace.
Pourquoi avoir choisi la fonction publique ?
Ce qui m’a attiré vers la fonction publique est avant tout le sentiment d’utilité et de proximité avec le citoyen. J’ai toujours eu besoin de donner un sens concret à mon activité professionnelle et de pouvoir mesurer l’impact de mon travail. La fonction publique offre cette possibilité de contribuer directement à l’intérêt général et à la mise en œuvre des politiques publiques. Mon parcours dans le secteur privé et mon expérience internationale m’ont apporté des compétences que je peux aujourd’hui mettre au service de l’État : connaissance des environnements internationaux, maîtrise des langues, capacité d’adaptation, négociation, gestion de projets et compréhension de cultures professionnelles différentes.
Mon passage au Centre de crise et de soutien a été déterminant à cet égard. J’y ai été confronté à des situations où l’action de l’administration avait un impact immédiat et très concret sur la vie de nos concitoyens. Participer, aux côtés de nombreux agents et dans un cadre interministériel, à la prise en charge de Français en difficulté à l’étranger m’a profondément marqué. J’ai découvert une administration capable de mobiliser rapidement des compétences très différentes autour d’un même objectif, dans des situations d’urgence où le travail collectif, la rigueur et le sens du service prennent tout leur sens. C’est cette expérience qui m’a convaincu que je souhaitais inscrire la suite de mon parcours dans la fonction publique.
Les compétences clés pour exercer ce métier ?
Les relations internationales dans le secteur public nécessitent, à mon sens, une combinaison de compétences techniques et humaines. Il faut tout d’abord avoir une bonne compréhension du fonctionnement de l’administration, de ses différents acteurs et de l’articulation entre les ministères. Dans mon domaine, il est notamment essentiel de comprendre les spécificités du ministère de l’Intérieur et de savoir identifier rapidement les bons interlocuteurs et les expertises pertinentes. La polyvalence est également indispensable. Une journée peut être consacrée à la préparation d’une rencontre internationale, la suivante à l’organisation d’une formation, à l’accueil d’une délégation ou à la gestion d’un dossier nécessitant une réponse rapide.
Il faut également faire preuve de rigueur, de capacité d’écoute et d’adaptation, notamment lorsque l’on travaille dans des environnements multiculturels. La négociation internationale, la capacité à créer une relation de confiance et le management sont également des compétences essentielles.
Enfin, je dirais que la curiosité est fondamentale : il faut avoir envie de comprendre les autres, leurs institutions, leurs méthodes de travail et leurs cultures professionnelles.
Les parcours de formation possibles ?
Il n’existe pas, selon moi, un parcours unique pour rejoindre ce type de métier. La diversité des profils constitue d’ailleurs l’une des richesses de la fonction publique. Dans mon cas, ma formation et mon expérience dans le droit, notamment le droit international, la diplomatie et les relations internationales, m’ont apporté des bases particulièrement utiles. Mais elles ne sont qu’une partie du parcours : les expériences professionnelles, les mobilités et la capacité à apprendre tout au long de sa carrière sont tout aussi importantes.
La maîtrise des langues étrangères constitue également un véritable atout dans les métiers internationaux. Je parle anglais, français, espagnol, italien, portugais, chinois, arabe et russe, ainsi qu’un peu d’allemand. Au-delà de la communication, parler la langue de son interlocuteur permet souvent de mieux comprendre sa culture, ses références et sa manière de travailler.
Plus largement, je pense que les métiers de la fonction publique offrent de nombreuses possibilités de formation et d’évolution. Il est donc important de ne pas considérer son premier diplôme ou son premier poste comme une trajectoire définitive.
Un projet dont vous êtes particulièrement fier ?
Sans hésitation, je citerais mon expérience au Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. J’ai eu la chance de faire partie des équipes mobilisées lors de trois crises majeures : la pandémie de COVID-19, la crise en Afghanistan et le conflit russo-ukrainien. Ces opérations ont été particulièrement exigeantes, tant sur le plan professionnel qu’humain. Elles impliquaient de travailler dans l’urgence, de coordonner de nombreux acteurs et de prendre en compte des situations individuelles parfois très complexes. J’ai notamment eu l’occasion de contribuer aux missions de prise en charge et de rapatriement de ressortissants français se trouvant à l’étranger.
Je suis particulièrement fier d’avoir participé à ces opérations parce qu’elles illustrent, à mes yeux, ce que la fonction publique peut produire de plus concret : des femmes et des hommes qui mettent leurs compétences en commun, parfois dans des conditions difficiles, pour venir en aide à leurs concitoyens. Cette expérience a profondément marqué ma conception du service public et reste aujourd’hui l’un des moments les plus importants de mon parcours professionnel.
Un conseil pour celles et ceux qui souhaitent se lancer ?
N’hésitez pas à franchir la porte de la fonction publique. La fonction publique représente un formidable espace d’opportunités, parfois beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine. Il faut avoir de l’ambition, être curieux, avoir envie d’apprendre et surtout ne pas avoir peur du changement. Lorsque l’on parle de fonction publique, on pense souvent spontanément aux fonctions support traditionnelles, notamment les finances ou les ressources humaines. Elles sont évidemment indispensables, mais elles ne représentent qu’une partie de la réalité. La diversité des métiers est considérable : sécurité, diplomatie, coopération internationale, numérique, communication, expertise juridique, gestion de crise, formation, recherche, environnement, culture…
Dans mon cas, j’ai pu construire un parcours autour de la coopération internationale, tout en continuant à mettre au service de l’État mon expérience internationale, mes connaissances linguistiques et mon expertise acquise dans les secteurs privé et public. Les concours de la fonction publique peuvent parfois sembler difficiles d’accès ou méconnus. Pourtant, ils constituent une véritable porte d’entrée vers un univers professionnel où les possibilités de formation, de mobilité et d’évolution sont nombreuses.
Il ne faut pas non plus considérer son premier métier comme une destination définitive. La fonction publique permet de changer de domaine, de ministère, de responsabilités et parfois même de métier au cours de sa carrière.La fonction publique est avant tout une aventure humaine et professionnelle : elle rapproche les personnes, permet de travailler au service des autres et offre la possibilité de faire évoluer son parcours tout en restant fidèle à une même ambition : être utile.